Les histoires de ceux qui n'ont rien vu, mais qui raconte tout !!!!
 
Jacques Peyrega, doyen de la Faculté de droit, Samedi 26 Janvier 1957 !!!!
- Cette histoire, pourrait commencer ainsi :
« Je suis tombé sur un trac épouvantable non daté, mais signé de l'Association générale
des étudiants d'Algérie.
Il s'adresse à un certain monsieur Peyrega, lui demandant s'il a « protesté contre les crimes du FLN et des communistes. »
- Puis, la rédactrice de ce livre,
nous présente une chronologie erronée des événements qui concernent ce tract, elle pense que Peyrega est une victime, des fascistes d'Alger,
car il a été le témoin de l'assassinat d'un musulman, le Samedi 26 janvier 1957.
- Je ne connaissais pas cette histoire, je me suis donc penché,
grâce aux archives numérisées, sur un ensemble de revues, livres et documents, que j'ai croisé avec des
journaux de l'époque.
- Après de longue recherche, j'ai retenu ce premier livre :
Guerre d'Algérie Ecrits censurés de Patrick Kessel, où on retrouve notre doyen.
- Extrait de ce livre :
Le doyen de la faculté de Droit d'Alger, M. Jacques Peyrega, devait ainsi écrire à Bourgés-Maunoury.
« … quand on est sur place,
quand on entend toutes ces rumeurs, qu’on a quelques exemples de leur véracité probable, on est pris d’effroi,
on se dit que les Allemands, sous le régime nazi, eux non plus, ne savaient pas ou ne voulaient pas savoir,
qu’on leur reprochait des horreurs, et qu’ils pensaient eux aussi, qu’il ne s’agissait que de quelques abus …. »
- L’auteur de ce livre dans sa note 42, nous précise :
- Lettre du 18 Mars 1957, dans France Observateur du 4 avril.
M. Peyrega racontait le fait dont il avait été le témoin oculaire, le samedi 26 Janvier 1957 :
« J’étais ainsi enfermé dans la boutique, quand j’entendis un homme qui hurlait tout à côté,
quelque chose comme «« non, non ne tirez pas »», je déverrouillais la porte et sortis.
A cinq mètres à ma droite se tenait un homme, un musulman, pauvrement vêtu d’une gabardine beige, debout,
les mains levées, légèrement tourné vers le mur, il était encerclé par des agents de police et des parachutistes,
mitraillettes braquées, qui faisaient signe de s’écarter.
Sans savoir exactement d’où venait cet homme,
il semblait assez difficile de le tenir avec certitude pour l’un des terroristes qui avaient pu être aperçus dix minutes
auparavant à une centaine de mètres de là. …….. »
- Je passerais sur le récit des brutalités
commises par les parachutistes sur cet homme pour aller directement à la fin de ce récit, narré par Patrick Kessel.
« ..L’homme tombé, était accroupi comme pour la prière, presque devant moi, un peu sur ma gauche,
le parachutiste était collé toujours derrière lui, deux petits coups secs claquèrent.
La presse indiqua que deux terroristes vêtus de tenues d’apparence militaire, avaient été abattus après avoir tenté de jeter
une grenade dans un magasin de la rue Villegaignon.
L’un d’eux, Ahmed ben Ali, 22 ans, journalier, 4 rue N’Fissa, a été tué d’une rafale, rue des Chevaliers de Malte. »
La Une de l'Echo d'Alger du Dimanche 27 Janvier 1957.

- Quelques précisions :
- Les journaux du 27 et 28 Janvier 1957, nous indiquaient pour la journée du 26 Janvier 1957 à Alger :
- Trois bombes avaient été placées au centre-ville.
- Deux bombes à Bab-El-oued.
- Neuf grenades avaient été lancées dans Alger.
- Deux encas concernant deux de ces neuf grenades :
- Rue Villegaignon :
Une grenade lancée dans un magasin de tissu n'explose pas.
Un jeune musulman a jeté samedi vers 16h 45,
une grenade dans un magasin de tissus situé au 4 rue de Villegaignon et appartenant à M. Lucien Chouraqui.
Par chance, l'engin n'a pas explosé.
L'auteur de cet attentat manqué à réussi à prendre la fuite en direction de la rue Colonna d'Ornano.
Les artificiers alertés aussitôt ont désamorcé la grenade
qu'ils ont identifiée comme étant de fabrication italienne, identique à celle lancée, ce matin, rue de Lyon.
- Deux terroristes sont abattus :
Après avoir lancé une grenade qui n'explose pas,
2 terroristes revêtus de tenus militaires sont abattus rue des Chevaliers de Malte et rue Arago.
Deux passants sont blessés par balles perdues.
Après l'attentat manque de la rue de Villegaignon,
deux terroristes ont jeté une grenade dans un magasin de Radio, de la rue de Tanger, quand surgit une patrouille.
Se voyant poursuivis, ils se séparent immédiatement.
Le premier s'enfuit dans la rue des Chevaliers de Maltes, il fut abattu au milieu de la rue.
Le second, descend les escaliers de la rue des Chevaliers de Malte,
qui donne sur le cinema Donyazad, pour rejoindre la rue Colonna d'Ornano, puis la rue Arago.
Il sera abattu par une patrouille de Zouaves qui arrivait de la rue de la Liberté.
Il s'agit d'un nommé Kaci demeurant dans un bain maure.
Les deux blessés,
M. Lucien Brunet, 51 ans, serveur au restaurant "Palma" et une passante Mme Marguerite Henaults, ont été hospitalisés.
- La seule question que nous devons nous poser est la suivante :
Le doyen Peyrega avait-il vraiment été un témoin oculaire ?
À cette question, je répondrais sans hésiter : Non
Le cinéma Donyazad dans la rue colonel Colonna d' Ornano.
Avec à gauche, la rue des Chevaliers de Malte aboutissant rue d'Isly.
- Voici, mes raisons :
- Le samedi 26 janvier,
journée de nombreux attentats, il y eu trois fuyards abattus, le troisième a été abattu près de la cité des eucalyptus.
- Le récit du doyen, ressemble étrangement aux articles parus dans Témoignages chrétiens,
et dans le journal du MRAP, Droit et Liberté, sur le racisme de la police et de l'armée,
on y retrouve le pauvre algérien démuni, les coups des parachutiste, ou des policiers, et enfin l’exécution sans jugement ...
- Parmi la longue liste des sympathisants du FLN, nous avons, Léon Feix, qui adressera à M. Guy Mollet, le 19 Avril 1957,
une lettre du même style, où, il dénoncera la torture dans toute l'Algérie.
- Extrait :
« Il n'y a jamais eu en Algérie autant de torture, de "disparussions", d'exécutions sommaires… »
Il renouvellera sa lettre le 29 juillet 1957, à Bourgés-Maunoury, mais du camp de Lodi.
- Mais surtout, ce qui me prouve que le doyen a menti, est la phrase suivante :
« ..L’homme tombé, était accroupi comme pour la prière, presque devant moi, un peu sur ma gauche,
le parachutiste était collé toujours derrière lui, deux petits coups secs claquèrent.»
- Mat 49.
- C'était le modèle utilisé par les parachutistes.
Il y a une poignée de sécurité qui agit sur la détente, il n'y a pas de double détente pour le coup par coup.
- La Police nationale avait le Modèle MAT49/1954 avec un canon de 36,5 cm
et, une deuxième détente pour le coup par coup, ce modèle pouvait être équipé d'une crosse en bois.
- Note :
Au stand de tir, on peut arriver à de petites rafales de 3 balles, avec beaucoup de patience,
on arrive parfois,
au coup par coup, en prenant tout son temps, mais en situation de combat, il est plus difficile de contrôler.
Le dimanche 30 Septembre 1956, à 18h 35, les deux bombes ont explosé au Milk-bar.
- Dans son livre « Services spéciaux 1955.1957 »,
le général Aussaresses, consacrait une page entière au doyen Peyrega, pour narrer cette affaire.
- Je cite Aussaresses :
« En plein jour, patrouilles et sentinelles protégeaient les points sensibles. »
- Note 7 :
Une de ces patrouilles menée au centre d'Alger, tout près de l'état-major, fera un certain bruit au début de 1957.
Un soldat posté à l'angle d'une rue, ayant vu un musulman entrer dans une maison, pour y lancer une grenade,
attendit de le voir sortir et ouvrir le feu sur lui, le terroriste fut tué.
Jacques Peyrega, le doyen de la faculté de droit d'Alger, qui se trouvait dans la rue à ce moment-là,
vit le soldat tirer sur l'homme.
Avait-il vu toute la scène, ou, n'en avait-il vu que le dénouement.
....... »
- Il confirme, que les étudiants de la faculté de droit, avaient prévus des représailles musclées contre « le doyen fellagha »,
mais, Jacques Peyrega partira avant, il quitta Alger le 9 Avril 1957.
- Dans un article paru dans France Observateur du 11 avril 1957,
« Le silence est de sang », Claude Bourdet, après la lettre du doyen Peyrega, s'exprime très violemment contre les parachutistes :
« Si nous n'avions pas, depuis Septembre 1955, parlé des Oradours
dont les nouveaux SS, se rendent coupable sous le pavillon tricolore, d'autres auraient-ils suivi notre chemin ? »
- Le numéro de France-Observateur sera saisi.
- Je suis encore aujourd’hui, toujours étonné,
que pas un seul intellectuelles de gauche, pas un seul donneur de leçon, ne nous parlent des Oradours du FLN à Alger :
le Milk-bar, l'Otomatice, le stade d'El-Biar, le bus scolaire de Diar-el-Saada, le Casino de la corniche ......
- Liste des victimes du 27 Janvier 1957, pour mémoire :
Madame Georgette Bonnan, Madame Jeanne Temine, Madame Marguerite Bourut, une dame âgée de 60 ans non identifiée.
Les blessés graves :
Melle Bourut, 20 ans, Melle Hervé Michelle 22 ans,
et, les 33 blessés dans les trois attentats du centre-ville.
- Le tueur du FLN, Oudelha Mohamed dit Ali,
arrêté par les parachutistes en janvier 1957, à Bab-El-Oued, et guillotiné en 1958, a tué, pour mémoire :
Monsieur Vincent De Crescenzo, Monsieur Emile Atlan, Monsieur Antoine Di Rosa, Monsieur Jean Di Rosa,
Monsieur Jean Garcia, Monsieur Julien Rakowrakj, Madame A. Richard.
journal du Mardi 29 Janvier 1957.

- Cette affaire Peyrega fit grand bruit,
mais, pas pour les « révélations » du doyen, mais par l'amplification dans de nombreux médias, favorables aux algériens.
- Mais revenons, à notre histoire.
- Sur ce tract figuraient deux photos.
- La première en haut et à droite, était celle d'un petit garçon sur son lit d'hôpital,
les deux jambes sectionnées, il s’appelle Robert Girard, il avait 13 ans, le jour de l'attentat contre le bus scolaire de Diar-el-Saada,
où une bombe avait explosé, le 12 novembre 1956.
- La deuxième photo est la plus connue, elle représente Nicole Guiraud, avec son bras amputé, à côté d'elle,
se trouve Danielle Charbot, âgée de 5 ans, elle a perdu la moitié de la jambe gauche dans l'attentat du Milk Bar.
- La narratrice, Brigitte Benkemoun, poursuit son histoire sur le doyen :
Sa lettre publiée par France Observateur et Le Monde,
est chaleureusement soutenue par tous les anticolonialistes et partisans de l'Algérie indépendante.
A Alger, l'affaire fait scandale, Peyrega est insulté, chahuté, dénoncé comme traite et menace de mort.
- Puis, notre narratrice contrairement à Aurasses et a beaucoup d'autre, nous raconte un petit roman :
« La violence des attaques est telle que le doyen est obligé de quitter Alger en Juin 1957.
On le poursuit lui et sa femme jusqu'au port.
Au moment où leur voiture se prépare à embarquer, un homme ouvre même la portière arriéré pour arracher le berceau
de la petite Catherine posé sur la banquette, par chance, l'enfant est dans les bras de sa mère.... »
- Voilà, l'histoire de ce tract est terminée.
Article dans la revue Democratie du 15 Avril 1957, éditée à Casablanca.
Epilogue :
- Au lendemain de l'indépendance, notre doyen foncera sur Alger pour retrouver sa place, il sera accompagné par :
- André Mandouze, ancien rédacteur en chef de Témoignage chrétien
- Hervé Bourges
- François Borella, il enseigne de 1962 à 1965 à la faculté de droit
- et de beaucoup d'autres.
- Ils seront tous virés par Boumediene en 1965.
- Je terminerai par la petite phrase de Sarthe Jean-Paul sur les Français d'Algérie :
« Abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups,
supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé, restent un homme mort et un homme libre. »
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