Mercredi 9 mai 1945 à Kerrata
Kerrata,
- du mot Arabe « Kherata » les laboureurs.
- Bourgade de 7.000 habitants dont 400 Européens, située à 52 km de Sétif sur la route de Bougie,
sur les bord de l’Oued Agrioun « rivière des grenouilles », au pied de la chaîne des Babors,
dont le sommet culmine à 2004 m, à l’entrée des gorges du Chabet-El-Akra
surnommées :
- le ravin du bout du monde ou le défilé de la mort.
Mardi 8 mai 1945,
- Les cérémonies de la victoire sont célébrées à 10h30 sous la présidence de M. René Rousseau, administrateur principal de la commune mixte de Takitount et de son adjoint M. Bancel.
Les Européens comme partout dans le pays sont pleins d’allégresse.
- Le Mardi est le jour du marché hebdomadaire, très fréquenté par les Kabyles des douars environnants.
Certains Européens sentent chez les Kabyles un comportement inhabituel.
- Les événements de Sétif sont connus à 11h 30,
suite à un appel téléphonique reçu par M. Lardillier receveur des postes.
Aussitôt,
M.Rousseau et son adjoint, se hâtent de regagner leur poste à Périgotville.
- Le car Deschanel arrive à 16 heures, il a été attaqué en cours de route :
- Le chauffeur a échappé à la mort par miracle.
- Des voyageurs sont blessés.
- Toutes les vitres du car sont pulvérisées.
- La carrosserie du car présente des impacts de balles en plusieurs endroits.
- Les nouvelles de Sétif sont confuses.
- On apprend qu'une émeute a eu lieu, qu'il y a de nombreux morts et blessés.
- On apprend la mort de M. Barone assassiné sur la RN9 au volant de son camion.
- L'anxiété gagne les Européens, pourtant les indigènes viennent leur dire :
« Ne craignez rien, ici rien ne peut se passer,
nous sommes là pour vous protéger ! ».
Mais des groupes de Kabyles se forment dans le village, des va-et-vient incessants
autour de
la forge de Chabanne Messaoud sont observés, il est connu pour ses sentiments anti-français.
- Dans l'après-midi, la nouvelle de l'attaque de la poste d'Amoucha se propage.
- Vers 19 heures un taxi arrive,
- il est remarqué car la circulation est nulle,
les quatre occupants rendent visite à deux notables musulmans du village :
- Le cheikh Larbi, professeur à la médersa.
- Le Cadi Hammoun Tahar.
- Avec la nuit qui arrive, l'angoisse des Européens est à son comble,
- Madame Dussaix offre d'héberger au château tous ceux qui le
désirent.
L'administrateur de Kerrata, M. Rambaud est hésitant.
il craint de provoquer l'affolement en prenant la décision de demander le regroupement des familles.
Il informe la population qu'elle peut se regrouper au château,
mais ne donne pas l'ordre formel qui aurait permis de sauver des vies.
Il promet de faire sonner les cloches de l'église, en cas de danger.
- Cependant, de nombreuses personnes viennent se réfugier au château.,
La gendarmerie distribue des armes,
- 17 fusils "Gras" et 1800 cartouches.
Kerrata, le chateau Dussaix et l'église du village.
Mercredi 9 mai 1945,
- La ligne téléphonique avec Bougie est coupée.
- Les tribus assiégent Kerrata
à l'appel du crieur public Rembli Mennadi sous les ordre de Chabane Messaoud,
aux cris de « djihad! djihad! » accompagnés par les youyous des femmes.
- Ils arrivent par le pont des colons à l'entrée Sud du village et descendent des pentes de Beni Meral.
- Selon les témoins restés au village,
il y a au moins 500 émeutiers dans le village et 2.000 sur les crêtes au dessus de Kerrata.
Le bureau de poste se trouve dans un immeuble habité par plusieurs familles européennes.
- Le receveur M. Lardillier et son épouse sont restés à leur poste au péril de leur vie afin d'assurer jusqu'à l'extrême limite les communications téléphoniques permettant de se tenir informés de la situation dans la région et de demander des renforts et du secours.
- Les premiers Européens tombent :
- M. Gramond, le boulanger du village est la première victime.
- M. Trabaud Michel, juge de paix et sa femme sont tués chez eux !!!
- Ils ont ouvert la porte à leurs assassins :
C’est le greffier notaire de Kerrata Bounbab A. qui vient frapper à la porte du bâtiment.
- Les émeutiers envahissent l'hôtel du Chabet de M. Dieudonné.
- M. Villedieu de Torcy, ingénieur et M. Lopez qui travaillent au barrage sont tués.
- M. Onis, jardinier et la jeune Paulette Zemmmour sont abattus par Koufi Mohand.
- Un jeune Kabyle Chrétien Oukaci, arrivé récemment de France, est tué.
- Les insurgés dérobent 2.500 litres de pétrole chez le droguiste et mettent le feu à la poste.
Ils attaquent :
- Le Tribunal
- La maison Atlan
- la maison de M. Henri Sax.
- Ils pillent les maisons dont les habitants se sont réfugiés au chataux Dussaix.
Madame Lardillier précise :
« Les Indigénes couraient en tous sens,
chargés de ballots de linge et d'objets volés dans les appartements pillés. »
- À 12 h 45,
- Quatre auto-mitrailleuses font leur apparition dans la rue.
- En quelques minutes, elles nettoient le village.
Les indigènes s'enfuient en criant : « Djebel Djebel ! » ( la montagne ) !
- Il est 13 h 15.
On dénombrera huit victimes et plusieurs blessés.
- Les morts furent transportés le 10 Mai à Sétif dans une voiture militaire,
laquelle fut attaquée à plusieurs reprises par des assaillants armés.
Sétif le 10 Mai 1945.
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