La démographie de l'Algérie avant et pendant
la période Francaise
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- Lors de mes recherches, sur la spoliation du trésor de la casbah,
par le Maréchal de Bourmont, dans la même publication du Ministère de l'éducation nationale, qui contenait le fameux rapport
de M. Marcel Emerit, il y avait au sommaire de cette revue du comité des travaux historiques et scientifiques :
- Le rapport de M. Marcel Emerit.
- Un rapport sur les bureaux Arabes par le commandant P. Chalmin.
- Les Alsaciens et la culture du coton en Algérie, par Marie-Joseph Bopp, professeur au Lycée de Colmar.
- Divers articles sur l'Algérie.
- Un rapport de M. Xavier Yacono, Docteur ès-lettres, avec un titre très évocateur :
Peut-on évaluer la population de l'Algérie vers 1830 ? .
- Après une préface, où, M. Xavier Yacono,
nous expliquait, que, tous les donneurs, d'évaluation de la population de l'Algérie, avant 1830, n'avait donné aucun détail, ni même,
une simple explication, aux chiffres qu'ils présentaient, il commençait son rapport par le paragraphe suivant :
La plus part des auteurs,
qui ont étudié l'Algérie, ont donné une estimation de sa population, avant et juste au début de l'occupation française, mais comme,
il n'indique jamais leurs sources, on a bien l'impression qu'il s'agit d'une « opinion de confiance », pour reprendre l'expression,
qu'en pareil cas, M. Boutin utilisait dans son fameux rapport de 1808.
Or, la question est d'importance,
puisqu'on l'évoque, pour juger l'œuvre de la France en Algérie, et on peut même dire que cette évaluation, a pris une teinte politique,
devenant comme un critère de différenciation entre les colonialistes, et, les colonisés et leurs amis, les premiers portés à l'amenuiser,
et, les seconds à l'enfler au maximum.
Recensement de l'Algérie de 1896..
Note :
Celle question, de M. Yacono est étrangement devenu primordiale, en 2011,
quand l’Assemblée Nationale a voté une loi sur la négation du génocide Arménien, reconnu par la loi.
Aussitôt, une levée de boucliers partait d’Istanbul pour rejoindre Alger,
elle criait haut et fort, au génocide Algérien, perpétré par l’armée française pendant les 132 ans de sa présence en Algérie.
J’ai même reçu des courriels de Franco-Turcs et de Franco-Algérien, pour me demander de réviser mon Histoire de France,
pour y inclure le génocide Algérien, plus de 1.600.000 morts, avec pour preuve à l’appui, deux ou trois montages de vidéo.
Ces vidéos étaient essentiellement composé,
d’extrait d’un film d’actualités, tourné le 22 Août 1955, dans le petit village de Aïn Abid, montrant un militaire, originaire d’Aïn Abid,
proche de la famille Mello, dont tous les membres avaient été massacrés, abattant froidement, deux Algériens, cachés sous une tente,
ainsi, que des photos montrant, des colonnes d’Algériens, encadrées par l’armée, et le stade Cuttoli, à Philippeville, qui était à la Une
de l’Humanité, du 24 Août 1955.
Pour crier au génocide,
les sites Algériens donnent le chiffre de 5.600.000 habitants avant l’arrivée des Français, puis ils présentent les chiffres des recensements,
effectués par les Français, et par simple soustraction trouve le chiffre de 1.600.000 environs.
Le chiffre de 5.600.000 habitants, donné pour l’année 1800,
était celui de toute l’Afrique du Nord, comprenant les cinq pays,
le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte.
Histoire d'une estimation.
- Le premier recensement véritable,
date de 1856, mais dix ans auparavant, avait été publié un dénombrement donnant la situation de 1845.
- Donc, pour traiter cette estimation,
nous allons prendre en compte trois dates importantes,
les chiffres donnés avant 1830, ce fameux dénombrement de 1845,
et enfin, le premier véritable recensement, celui de 1856.
Recensement de l'Algérie par nationalités.

- Il faudra compléter ces chiffres, par toutes les périodes d'épidémie,
qui ont couru pendant des siècles, sur le Maghreb, et qui ont été, peu à peu réduite à néant, par la présence française.
- Avant de présenter les divers tableaux de chiffres donnés par M. Yacono,
Il serait intéressant de méditer sur l'ouvrage d'un Médecin-Major de l'armée française, M. A. Vincent,
dont le titre, Le Choléra, d'après les neuf épidémies qui ont régné à Alger depuis 1835 jusqu'en 1865, est trés évocateur.
- Dans sa préface, le Médecin-Major, nous parle de la dixième épidémie de Choléra,
celle de 1866, qui vient de frapper le littoral algérien, s'étendant à la ville d'Alger, et à quelques contrées de la Kabylie.
- Dans la première partie de son livre, il traite de l’épidémie de choléra de 1834, dans la région d’Oran,
plus précisément au port de Mers-el-Kébir, le 26 Septembre 1834, qui selon toute apparence, fut importée
des côtes d'Espagne, car il sévissait à, Carthagène et à Gibraltar particulièrement.
- Les deux premières victimes, furent des Français,
un boucher du port, ainsi que sa femme qui décèdent, le 29 septembre à l'hôpital militaire d'Oran.
Ce même jour, quatre condamnes militaire, détenus au fort de Mers-el-Kébir,
furent atteint d'accidents cholériques, cependant la maladie semblait se borner uniquement à Mers-el-kébir,
qui à la date du 4 Octobre ne comptait que 18 personnes atteintes, dont quatre avait succombés.
- Mais malheureusement, le 7 octobre, l'épidémie se propagea sur l'ensemble de la garnison et sur la population civile,
ce qui provoqua un départ massif des citadins indigènes, vers les villes de Mostaganem et de Mascara.
Très rapidement l'épidémie ravagea une grande partie du territoire de la province d'Oran.
- En moins de 20 jours, la ville de Mascara qui avait une population
de moins de 10.000 habitants, enregistra le décès de 1.457 personnes, soit, 15% de sa population.
- La deuxième épidémie frappa quelques mois plus tard.
- En Juillet 1835, le choléra régnait à Toulon, pour éviter la contagion,
un lazaret fut établit au fort Bab-Azzoun, alors situé en dehors de la ville, et la quarantaine fixée à 7 jours.
Malheureusement, le service de la quarantaine fut fait par des hommes du pénitencier militaire,qui tous les soirs,
regagnaient le fort, où était entassés plus de 600 détenus militaires français, rapidement l'épidémie gagna tout le fort,
puis l'hôpital du Dey et de la Salpêtrière.
- Le 10 Août, la maladie frappait les bas quartiers de la casbah, elle frappa un grand nombre de Juifs.
Le gouverneur Clauzel, ordonna l’isolement des foyers d'infection,
il ordonna le déplacement de tous les Juifs de la basse casbah, vers un camp de tentes installait sur les hauteurs de
la Bouzaréah, les militaires du fort Bab-Azzoun, furent transférés au camps de Kouba.
- L'hôpital Caratine reçu 304 militaires atteint du choléra, 172 sont morts.
L'hôpital du Dey enregistra la mort de 285 condamnées militaire sur les 600 présents au fort Bab-Azzoun.
- Le chiffre exact des morts pour la ville d'Alger n'est pas connu, mais il est surement supérieur à 3.000 personnes,
car pour la seule journée du 18 Août, la communauté juive enregistrera la mort de 112 personnes.
Les villes de Médèah, Milianah et surtout Blida furent lourdement frappées.
- Dans son rapport sur cette épidémie, M. Audouard, reconnait qu'il n'avait pas connaissant de tous les victimes civiles,
donc, que son chiffre de 1.228 morts pour la population civile, et 639 morts pour les militaires français ne reflète pas l'empileur de cette épidémie, qui n'a duré que 40 jours.
Note :
Le choléra de Toulon, avait été importés par des navigateurs,
venant d’Alexandrie, de Smyrne, et de Tripoli, où ce choléra sévirait depuis plusieurs mois.
Statistiques des décès Français et Européens pour l’année 1835.
Note :
Sur le tableau ci-dessus, manque la colonne enfants mort- nés, ce chiffre se calcule,
par le cumul des colonnes soustrait au total par ligne, donc pour le mois Août, il sera de 59 enfants mort-nés.
- Dans son livre, De l'établissement des Français dans la Régence d'Alger, M. Genty de Bussy, nous donne, dans les pièces justificatives,
un tableau de statistiques sur la ville d'Alger, ainsi que pour les autres villes qui étaient sous le control des français.
- Dans la colonne Population, nous retiendrons les chiffres suivants :
- Population Européenne : 4.080
Français : 2.185
Etrangers : 1.895
- Population indigène : 19.673
Musulman : 13.724
Juifs : 5.949
- Total de la population d’Alger au 2 Avril 1833 : 23.753
- Si, on appliquait pour chaque communauté le taux de mortalité des mois d’Août et Septembre 1835,
on aurait 891 morts pour les Musulman, et 390 pour les Juifs, on sait grâce au médecin-major que ce chiffre sera largement dépassé,
et on peut écrire, que pendant l'épidémie de d’Aout et Septembre 1835,
Alger a perdu 8 % de sa population.
Note :
Grace au numérique, j'ai pu vérifier l'exactitude des chiffre du Médecin-Major M. A. Vincent
Le registre des décès de la ville d'Alger de 1835, pour l'unique mois d'Août, commence au numéro d'acte 110,
et se termine par le numéro d'acte 304, ce qui donne 194 morts.
- Après cette parenthèse, sur les épidémies qui frappaient lourdement l'Afrique du Nord,
revenons à la présentation des chiffres de M. Yacono, qui cite ceux qui ont été le plus souvent utilisés par d'autres écrivains.
* Dates * Auteurs * Estimation * commentaires
* 1808 * Boutin * 2.800.000 à 3 Millions *
* 1826 * W. Shaler * moins de 1 million *
* 1830 * ..... * environ 1 million * Journal des sciences militaires
* 1831 * Juchereau de Saint-Denis * 800.0000 * Aperçu historique, statistique sur l'Etat d'Alger
* 1831 * Loverdo * Moins de 1 million * Journal d'un officier de l'armée d'Afrique
* 1833 * Sidi Hamdan-ben-Othman * 10 millions * Chiffre cité dans Apercu historique sur la Régence d'Alger
* 1833 * De la Pinsonnière * 3 à 4 millions * Procés-verbaux de la commission d'Afrique
* 1834 * Général Valazé * 2 millions *
* 1836 * A. Berteuil * Moins de 1 million *
* 1836 * Pelissier de Reynaud * 2.500.000 *
* 1841 * Bory de Saint Vincent * de 400.000 à 1.200.000 *
* 1845 * Bugeaud * 4 millions * Chambre des Députés
* 1845 * Bodichon * 12 à 14,5 millions * Considérations sur l'Algérie.
* * * * ce chiffre est une estimation pour l'Afriques du nord.
Tableau de M.Vincent Demontes extrait du livre Le Peuple Algérien 1906.

- Quel était le chiffre exact, personne ne pouvait donner un chiffre vérifié !
- Dans son rapport de 1808, Boutin rapportait « l'opinion générale »,
suivant laquelle la population de la Régence était de 2.800.000 âmes, mais dans l'aperçu historique sur l'Etat d'Alger,
à l'usage de l'armée expéditionnaire, on utilisa l'évaluation du Journal des sciences militaires qui donnait
le chiffre de 1.800.000,
tout en précisant que ce chiffre était très exagéré.
- Dans son livre, Sketches of Algiers, political, Historical, and civil,
M. William Shaler, consul général des U.S.A, nous donne le chiffre de moins de 1 million.
« I am of opinion, that the population of this kingdom must be rather under than over a million of souls. »
- Ce chiffre du consul, est jugé même excessif, par M. Juchereau de Saint Denys, qui précisait qu'il était de moins de 800.000.
- La vérité est que, en l'absence de tout dénombrement, personne n'en savait rien.
- Sur le tableau précédant, si nous écartons l'estimation de Bodichon, qui concernait l'Afrique du nord,
le chiffre le plus élevé est donné, en 1833, par Sidi Hamdane Ben Othman, c'est la seule « estimation turque », que nous possédions,
mais le caractère de libelle de cet ouvrage, et, ses affirmations très fantaisistes, ne permet pas d'accorder le moindre crédit à ce chiffre.
Note :
On lit dans le livre d'Hamdane, que les Français exportaient les ossements humains en France pour fabriquer du noir animal,
on lit aussi, que les Bédouins devenus fanatiques, mettent en pièces et dévorent les Français fait prisonniers.
- De 1830, au dénombrement de 1845, les statistiques étaient fausses et les opinions très libre.
- Les premiers chiffres, se présentant sous forme d'une estimation détaillée,
sont ceux que M. Tatareau indique dans sa notice de 1833, et ceux que M. Marcel publie en 1835 dans le Journal Asiatique.
Le but étant d'apprécier les forces de l'ennemi, on s'intéresse, non à l'ensemble de la population,
mais, seulement au nombre de cavaliers et de fantassins, que chaque tribu peut aligner.
Estimation de MM. Tatareau et Marcel 1833 - 1835.
- Le premier dénombrement officiel, libellé, dénombre de l'année 1845, nous donne le chiffre de 1.983.918 habitants,
mais, il s'agissait de notices statistiques, établies par les officiers des bureaux arabes, dans chaque circonscription administrative,
conformément, aux instructions, du Ministère de la guerre, cette manière de présenter le dénombrement, manque de précision, et,
sans doute aussi d’exactitude.
- C'est Bugeaud qui exigea les statistiques, comme le confirme sa lettre du 15 Novembre 1844 :
« A différentes reprises, j'ai réclamé l'envoi des travaux statistiques concernant la population Arabe.
Ces travaux doivent être établis sur des modèles imprimés, dont j'ai fait faire l'envoi dans tous les chefs-lieux.... »
- Donc, en novembre 1844, Bugeaud n'avait aucun chiffre, mais, dans son discours,
à la chambres des députés, le 25 Janvier 1845, il parlait d'une estimation de 1843, pour avancer le chiffre de 4 millions.
- Dans sa seconde lettre du 30 Août 1845, il précise.
« Depuis la pacification, on s'est à diverses époques, occupé de réunir des documents sur la
statistique des régions Arabes.......
Mais je crois le moment venus de réviser pour toute l'Algérie les documents statistiques jusqu'à
présent recueillis dans
des conditions peu favorable, je fixe en même temps, pour la remise des nouveaux états, dont je vous enverrai sous peu le modèle,
l'époque du 15 Décembre prochain ..... ».
- Ainsi, les renseignements recueillis en 1843, 1844, et au début de 1845, ont été éventuellement,
révisés, ou, simplement recopier sur les nouveaux états, dans les derniers mois de 1845, ils seront publiés en 1846.
- Ce dénombrement concluait à une population de trois millions.
M. A Carette, membre de la commission scientifique, émit des doutes sur
la perfection du dénombrement,
mais, il estime cependant, que ses chiffres donnent encore l'aperçu le plus authentique et le plus probable.
- Les officiers des bureaux Arabes poursuivront leur travail méthodique de dénombrement,
pour les années 1848, 1852, 1853,1854, et 1855, on trouve de très nombreux documents sur ces dénombrements continuels.
- C'est ainsi, que le Gouverneur de l'Algérie, M. Charon, (1848-1850)
estime la population de l'Algérie à 2.500.000 habitants,
en partant d'un dénombrement qui totalisait 1.917.000 indigènes, pour les trois provinces.
Note :
La différence constatée entre les populations des provinces d'Alger et de Constantine,
s'explique par la modification de la délimitation des provinces, qui avait changé en 1849, elle fut rétablie en 1856, à l’image de 1845.
Dénombrement du Gouverneur de l'Algérie M. Charon (1848-1850).
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