Le général Weygand .... limogé par le Führer !
Le 11 novembre 1941,
- je fus de nouveau appelé à Vichy par le Maréchal.
Il avait à prendre, très prochainement, des décisions de la plus haute importance
relatives à la politique générale du Pays, il désirait auparavant s'entretenir avec moi,
et j'étais invité à m'y trouver avant le 17 Novembre.
Le 16 novembre 1941,
- j'arrivai en fin d'après-midi.
- Il me reçut aussitôt,  amicalement comme toujours.
Il me parla de l'entrevue qu'il venait d'avoir pendant trois quarts d'heure, en présence de l'amiral Darlan, avec   Otto Abetz  venu pour assister aux obsèques du général Huntziger.
La collaboration en avait été l'objet !
- Il me fit lire ensuite une lettre qu'Hitler venait de lui adresser. Cette lettre était longue.
Elle remerciait d'un rappel, l'anniversaire de Montoire et continuait par les habituelles récriminations.
Et elle se terminait par : rien à faire pour la France si elle ne nous aide pas à gagner la guerre.
Ce ne sont pas les termes exacts, mais c'était nettement l'idée exprimée.
Le spectre de la collaboration militaire se dressait-il encore ?
Le général Huntziger lors de la signature de l'armistice en Juin 1940.

- Puis le Maréchal en vint au cas Weygand :
Il me proposa en attendant de me cantonner dans l'économique et le politique et
de m'enlever le commandement militaire pour le confier au général Dentz.
Je répondis au Maréchal qu'il ne pourrait être fait de plus catégorique affirmation de méfiance
à mon égard, que d'ailleurs aucune mesure ne serait plus déraisonnable au milieu de populations
pour lesquelles la force militaire et le prestige du chef comptent avant tout.
Je refusai donc cette combinaison. Je m'y attendais dit le Maréchal.
- Je lui rappelai ensuite que la situation dont tous s'entretenaient en Afrique ne
pouvait pas,
dans l'intérêt même de la France, se prolonger plus longtemps.
Il s'imposait qu'une décision à mon sujet fût prise sans retard.
Si vous croyez que c’est facile, me répondit-il !
Je savais en effet,
- par M. du Moulin et d'autres membres du Cabinet,
que le Maréchal m'avait ces derniers temps fréquemment et bien défendu.
Hitler entre à Asch ville frontier tchéque occupée le 22 septembre 1938 par les S.S.
Le gouvernement de Vichy cède !
Le 17 novembre 1941,
- le cas Weygand fut directement abordé avec l'amiral Darlan.
L'amiral reconnut qu'il réclamait une solution immédiate. Il ferait ce que voudrait le Maréchal.
Dans la soirée, je revis le Maréchal qui me demanda encore une fois d'accepter de
gouverner l'Afrique seulement à titre civil avec deux commandants en chef qui seraient
nommés, l'un en Afrique du Nord, l'autre en A.O.F.
Je refusai cette nouvelle proposition.
Le 18 novembre 1941,
- mandé par le Maréchal,
je le trouve dans son bureau avec l'amiral Darlan et les ministres d'Etat,
MM. Romier et Moysset.
Le Maréchal me tend un papier :
Prenez connaissance de ce qu'envoie ce matin M. de Brinon.
- Et il m'invite à aller le lire à côté, dans sa chambre.
N'ayant pas le temps de le copier, je note le principal.
- C'est un compte rendu de M. Benoist-Méchin, daté du 17 novembre.
- Il a rendu visite au général Otto von Stülpnagel,
commandant en chef des troupes d'occupation en France.
- Il a été d'abord reçu par son chef d'état-major, le colonel Speidel :
Le désir du gouvernement français
de lier le départ du général Weygand à des contreparties, à savoir :
- l'autorisation pour le Maréchal de circuler en zone occupée,
- le renforcement militaire de l'Afrique du Nord,
- le retour des prisonniers nord-africains,
a déterminé chez le général Keitel une violente réaction,
il trouve très osée cette demande de contreparties.
Le général allemand Otto von Stülpnagel (1878-1948)
Commandant en chef des forces d'occupation en France jusqu'en février 1942.
Paris place de la Madeleine février 1941.
M. Benoist-Méchin- rencontra ensuite le général Otto von Stülpnagel :
Et l'affaire Weygand ? demanda le Général Allemand.
Elle avance, elle se résoudra par étapes.
Alors, c'est au général Weygand qu' appartient la décision ?
Depuis le mois de mai, on parle de son départ et rien n'est fait.
L'amiral Darlan
a demandé si ce départ était une nécessité et le gouvernement allemand a répondu affirmativement.
Le Chancelier est très irrité.
Cela signifie-t-il que le gouvernement français n'a pas de ligne de conduite arrêtée ?
Hâtez-vous avant qu'il soit trop tard.
M. Benoist-Méchin concluait- que ces déclarations confirmaient celles
qui avaient été faites peu auparavant au capitaine de frégate Fontaine du cabinet de l'amiral Darlan.
Il rappelait l'entretien de cet officier avec un major Beumelburg policier du gouvernement allemand.
Le général Weygand est-il vraiment un obstacle à toute collaboration franco-allemande ?
a demandé l'officier français.
Le Führer l'a précisé :
- Le gouvernement français n'a rien fait.
- Il est faible et sans énergie.
- Liquidez l'affaire Weygand
et vous pourrez recevoir en cadeau ce que vous avez essayé de négocier. - Agissez avant que Moscou soit encerclé,
afin que l'Europe occidentale ne voie pas
son sort réglé sans vous.
Les notes- concernant ces conversations ont ete prises sur le texte du document.
Elles n'en reproduisent pas mot pour mot les termes,
mais très exactement leur signification et leur ton de chantage brutal.
Inauguration à l'orangerie de l'exposition Arno Breker en mai 1942
Le Ministre Abel Bonnard prononce l'éloge du maitre officiel de la sculture allemande de l'époque
en présence de MM.Benoist-Méchin, Brinon et Jean Cocteau.
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