Relations entre la France et la Régence d’Alger
Expédition de Gigeri.
« Devant cette situation sans issue glorieuse,
M. de Gadagne était résolu de reprendre la redoute en ruine, et de éventuellement mourir pour votre Majesté.
Mais, Monsieur de la Guillotiére jugeait qu'il rendrait un plus grand service à votre Majesté en conservant
les troupes, il me demanda, compte tenu de la situation, qu'il était temps de prendre le partie de la retraite.
Il me dit, que comme représentant du roi, il était de mon devoir de réunir un conseil de guerre à ce sujet,
et qu'il me rendrait caution de la perte de toutes les troupes de votre Majesté. »
- M. de la Guillotiére compléta son argumentation,
par l'état d'esprit des troupes, qui sans les navires, sans renforts, face à des canons plus puissant que les leurs,
avec en face dix ou douze mille hommes, n'avaient aucune chance de victoire.
- M. de Castellan était très embarrassé par cette obligation de retraite.
Il alla trouver le Général, qui refusa l'idée d'établir un conseil de guerre, il transmit le refus du général,
à M. de la Guillotiére, qui entre temps avait reçu le soutien de M. de Clerville, et surtout l'avis des colonels,
et des capitaines qui jugeaient la situation sans issue.
- Avec ses nouveaux arguments, M. de Castellan réitéra sa demande auprès du Général,
il était accompagné de M. de Clerville, finalement, le général accepta la réunion d'un conseil de guerre,
qui serait ouvert aux Colonels, aux Capitaines et aux Lieutenants.
- Ce conseil de guerre eut lieu chez M. de Castellan.
« Je demandais
à M. de la Guillotiére de bien vouloir présenter ses arguments en faveur d'une retraite, devant tout le monde.
M. de la Guillotiére demeura d'accord de tout,
et, après un long discourt, sur les raisons qui nous obligeaient à la retraite, il demanda les avis de tous. »
Le Fougueux 1695.

- Sur le coup, personne ne voulut être le premier à plaider en faveur d'une retraite, après un long silence,
qui fit craindre à M. Castellan, que cette retraite fut repoussée, les officiers finirent par prendre la parole.
Le conseil de guerre statua sur une retraite.
- Le général Gadagne dit qu'il était au désespoir de quitter Gigeri, mais, qu'il resterait le dernier
dans les lignes, puisque l'on ne voulait pas y demeurer, il fixa la date de la retraite au 31 octobre, au soir.
La retraite
- On commença immédiatement à embarquer les vivres.
M. de Martel envoya M. de Briére auprès du général de Gadagne,
pour lui indiquer qu'il ne pouvait embarquer les troupes sans en avoir une décharge signée par lui-même.
Le Général refusa, car il était forcé par l'Armée à se retirer et qu'il n'y consentait pas.
L'embarquement des vivres cessa immédiatement.
- M. de la Guillotiére se rendit auprès du général,
pour lui faire part du désespoir de l'armée, et qu'en tant que maréchal de camp, il ne pouvait plus répondre
des soldats, qui disaient tout haut, qu'ils allaient tous se faire tuer.
Il argumenta, que part ce refus,
il était cause de la perte des meilleurs troupes du Royaume, sans que sa Majesté en tira aucun avantage.
- Devant ces arguments, le général dit qu'il ne s'opposerait pas à cette retraite,
mais il voulait que se fusse M. de Clerville qui en rédigea le projet, et le signa le
premier.
M. de la Guillotière s'employa pour que ce projet soit rapidement réalisé.
- Enfin, à contrecœur, le général de Gadagne signa le projet de retraite,
non sans avoir répéter, que c'était devant l'insistance de tous ces officiers, qui estimaient la situation intenable.
- Voilà donc la retraite résolue entièrement pour le 31 Octobre, à l'entrée de la nuit.
- Pendant la journée, on embarqua les malades.
Marine Royale sous Louis XIV.

- Mais l'ennemi n'était pas resté inactif, sous le feu de leurs gros canons,
il mit à mal la fortification du régiment de Picardie, la consternation du camp fut grande.
Les Turcs saluèrent cette destruction par de grands cris.
- M. de Gadagne observant les mouvements des troupes ennemies,
jugea plus prudent, maintenant que la retraite avait été décidée, qu'il était à propos de la faire le soir même.
Il demanda à M. de Castellan d'avertir le Marquis de Martel.
- Le Marquis promit que les barques et les chaloupes seraient sur le rivage à la tombée de la nuit,
mais il indiqua que ces navire ne disposaient pas de palans pour hisser les canons et qu'il faudra les abandonnés.
M. de Castellan rendit compte de cette situation au général, qui décida que les canons seraient encloués pour
les rendre inutilisables.
- M. de Gadagne réunit un mini-conseil de guerre pour déterminer de quelle manière la
retraite serait réalisée.
Il fut résolu que l'on partagerait les troupes en deux corps,
dont l'un embarquerait par le marabout tenu pas deux cent hommes, et le second par la ville.
M. de Gadagne demande le choix à M. de la Guillotiere,
qui choisit la ville, avec les Régiments de Navarre, de Normandie, et du Roy, M. de Gadagne eut le marabout,
avec les gardes de Picardie, les huit compagnies des vaisseaux et la cavalerie.
Arsenal des galéres à Marseille en 1666.

- Mais laissons M. de Castellan nous narrait les dernières minutes de cette retraite.
« On prit les armes à l'entrée de la nuit,
les troupes du marabout défilèrent du côté du port, le long de l'étang, M. de la Guillotiére de son côté fit entré
les troupes dans la ville, après avoir laissait quelques corps de gardes pour masquer la retraite.
Mais les Turcs approchèrent de nos lignes vers dix heures du soir, les petits corps de gardes ouvrirent le feu,
puis se retirèrent dans la ville, poursuivis par les Turcs,
une escarmouche s'en suivit, qui nous coûta une dizaine de morts.
Mais, tout le corps de M. de la Guillotiére put embarquer.
M. de Gadagne sous le feu de l'ennemie se rendit au marabout,
pour récupérer les derniers soldats qu'il avait laissé sous les ordres de M. le chevalier de Haute-feuille.
Il laissa un petit corps de garde composé de vingt-hommes commandé par un sergent, avec un canon bourré
jusqu’à la gueule, qui resterait sur place, il plaça une mèche dans le magasin à munitions, avant d'embarquer dans
les barques restées sur le rivage.
Il monta dans une chaloupe avec M. de Grignan, M. Rousses, Lieutenant au régiment de Navarre et moi-même.
Dans une autre chaloupe, il y avait Messieurs de Montgimont, de Caluisson, dans une autre, M. de Matigny, et,
de Haute Feuille, puis dans une autres, M. de Codini et le chevalier de Saint Germain.
Sur la berge restait une barque pour les derniers soldats.
Les Turcs pénétrent dans le marabout sans résistance,
et, le Sergent donna l'ordre de repli, à cause du magasin
qui allait sauter, mais, les Turcs arrivèrent très rapidement sur les derniers soldats, qui se jetèrent à l'eau.
En voulant monter trop rapidement,
ils empêchèrent la barque du chevalier de Codini de démarrer, quelques Turcs se ruèrent vers la barque,
le chevalier de Saint-Germain, aidé de trois soldats se jetèrent à terre, ils en tuèrent trois et repoussèrent les autres.
Mais l'ennemi arrivait en foule sur eux, ils se jetèrent dans l'eau pour rejoindre à la nage, la chaloupe,
M. le chevalier de Saint-germain reçut deux coups de mousquet dans l'eau et au moment où il montait dans la barque,
il en reçut un troisième en pleine tête qui le tua.
Le général voyant une dizaine de soldats à la nage, mis sa chaloupe droite sur le marabout, sous le feu des Turcs,
celle de M. de Montgimont en fit de même, tous furent sauvés, mais un matelot fut tué, et deux autres blessés.
On peut dire, que c'est la seule occasion chaude que l'on vit dans la retraite,
car elle dura un gros quart d'heure, après quoi il alla rejoindre les vaisseaux et l'armée fit voile vers Toulon.
Je peux assurer en toute chose à votre Majesté,
comme en ayant été témoin, et n'ayant pas quitté monsieur de Gadagne d'une part. »
Castellan.
Canon ottoman Musée des Armées.

- La signature de M. Castellan,
terminait sa deuxième relation adréssée au roi Louis XIV, mais il convient d'ajouter un dernier paragraphe.
- Avant l'embarquement des deux dernières chaloupes, celles du général et celle de Montgimont,
le magasin de munitions sauta, emportant ce qui restait de victorieux, dans un fracas et un bruit épouvantable.
- Comme de coutume, il y eu une avalanche de chiffres, autour de cette retraite.
- Pour Castellan, cette journée, nous coûta moins de quarante morts.
- Pour un certain journal de l'époque, le chiffre est de quatre cents hommes tués,
trente pièces de canon de fonte, quinze de fer et plus de cinquante mortiers,
- Pour des journalistes en 2013, l’armée a perdu 2.000 hommes.
- Mais cette affaire n'était pas encore finie.
- Nous reviendrons dans une autre page, sur le Naufrage du Vaisseau La Lune, le 6 Novembre 1664.
- Notre épilogue sera consacré,
au rapport que le comte de Gadagne a adressé au roi, suite aux accusations dont il a été l'objet.
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