Relations entre la France et la Régence d’Alger
Hussein dernier Dey de la Régence.
1825.
- En France.
- Le 3 Janvier, le ministre des finances soumit à la chambre des députés trois projets de loi,
dont un, concernant une indemnité de 1 milliard pour les exilés royalistes, en remboursement de leurs biens vendus.
Ce projet fut voté par les deux chambres les 20 et 23 Mars 1825.
- La popularité de Charles X déclina.
- Charles X fut sacré à Reims, le 29 mai 1825.
- La Régence.
- Les relations entre la France et le Dey Hussein, commençaient à se dégrader.
- Le Dey fit forcer, et visiter la maison du Vice-consul à Bône.
- Dans le Traité conclu avec la Régence, le 26 Octobre 1817, soit, le 15 de la lune de Zilihdjè, 1252 de l'Hégire,
par le Consul Pierre Deval, une clause précisait qu’un vice-consul serait installé dans la région de Bône.
- Janvier 1822 à Septembre 1825, M. Dupré, puis en septembre 1825, Alex Deval, neveu du consul de France.
- Les violations des traités devinrent de plus en plus fréquentes.
- Le pavillon du Saint Pape était représenté,
par le consul Deval, et cette ambiguïté augmentait sérieusement les désaccords en le Dey et le Consul.
- Le Dey instaura une taxe de 10% sur les marchandises.
- Mais c'est surtout l'insolence, et la mauvaise foi du Dey Hussein, dans l'affaire Bacri/Brusnach, qui mit le feu aux poudres.
Le Dey Hussein réclamait le versement des 7 Millions, alors qu'il avait signé la transaction du 28 octobre 1819,
et le retour à Alger de l'héritier de David Cohen Bacri, c’est-à-dire Nathan Bacri, qui lui était Français.
- En Décembre, on répara partiellement le fort et les établissements de la Calle,
le Dey Hussein vit d'un mauvais œil ce rétablissement, ce qui augmentât son antipathie contre le Consul Deval.
Le Pape Léon XII, Statue dans la Basilique du Vatican..
1826.
- La Régence.
- Les violations des traités continuèrent, le pavillon du Saint Pape, représenté par le consul Deval, était bafoué,
les navires de la Papauté, sous pavillons français, furent capturés, vendus, et le Dey n'accorda aucun dédommagement.
- Dans la confrontation entre le Consul et le Dey,
la réception des locaux de l'hospice Français d'Alger, passa comme une lettre à la poste.
- Elle sera officialisée par le procès-verbal de réunion, établit le 31 mars 1826, en présence de Pierre Deval, consul,
Antoine Tropez Martin, chancelier du consulat, Florent Thierry, élève vice-consul, l'abbé Solinhac, vicaire apostolique,
et, Jean Jobert, négociant.
- Le consul de Bône était M. Jean Pierre Martin.
1827.
- Depuis plusieurs mois, le consul Deval demandait réparation des violations des traités,
par l'attaque, le pillage, et la vente, des navires du Saint Pape, dont il était le consul à Alger.
- L'Histoire, nous raconte, les causes de la rupture entre la France et la Régence.
- Après avoir écrit une lettre, « non diplomatique » , au baron de Damas,
Ministres des affaires étrangères, le Dey n'ayant reçu qu'une réponse orale de la part du consul, décida d'écrire directement,
au roi Charles X, en lui transmettant la lettre par le consul de Sardaigne.
- Cette lettre restera sans réponse, mais des consignes furent transmises au consul, afin d'informer le Dey,
sur les procédures judiciaires en France, et, sur les nombreux recours déposés par les « acteurs» de l'affaire Bacri/Busnach.
- Il faut croire, que les messages du consul n'ont pas suffi.
Charles X visitant une exposition de produits de l'industrie.

- Le 30 Avril 1827.
- A Paris, Le Gouvernement de Charles X,
décida de la dissolution définitive de la garde nationale, le Maréchal Oudinot reçut la demande le jour même,
le lendemain matin, à l'aube, la garde royale, et la troupe de ligne avaient relevé la garde nationale dans tous les postes.
- A Alger, Audience du 30 Avril 1827.
- Dans cette audience, le dey insulta le consul de France, il lui déclara publiquement :
« Qu'il ne voulait plus permettre, qu'il y eût un seul canon français sur le territoire d'Alger,
et qu'il ne nous y reconnaissait plus, que les droits généraux, dont jouissaient les autres négociants européens. »
- Pour couronner le tout, le dey Hussein porta publiquement plusieurs coups de chasse mouche,
en lui ordonnant de sortir de sa présence, cet outrage comblait la mesure des procédés injurieux de la régence.
- Il faut rappeler que nous avions des établissements sur cette côte d'Afrique depuis l'année 1450.
- Ces droits de propriétés, ont été formellement reconnus,
par plusieurs Sultans de l'Empire Ottoman et en particulier par Soliman le Magnifique,
et, par les Pachas ou Deys d'Alger, par des traités conclus ou signés en 1518, 1694, 1802, 1812.
- La redevance annuelle qui était 60.000f en 1814, sera portée à 230.000 f en 1818.
- En 1826, le dey Hussein supprima le droit de pêche exclusive des français, malgré le versement de la redevance.
- Note :
Les Historiens donnent le chiffre de 200.000, pour le montant de cette redevance, mais dans le budget de la France,
pour le Ministère des affaires extérieures, la ligne de dépense pour cette redevance indique la somme de 230.000 francs.
Suivant les historiens ou les narrateurs,
le Dey aurait donné trois ou quatre coups de chasse mouche, ou simplement lançait son chasse-mouche vers ou sur le consul.
Tous sont d'accord, sur l'outrage public, et sur le non-respect des traités signés.
Alger rampart de la porte Bab-Azzoun.

- Le 6 Juin 1827,
dans le Journal des débats, on découvre un encas, qui parle des ennuis du consul Deval.
- Dans la rubrique,
France, au milieu d’un article sur la guerre en Grèce contre les Ottomans, on peut lire :
« Depuis plusieurs mois, la conduite du Dey d'Alger,
envers le commerce et la navigation de la France, donnait au gouvernement du Roi, de vifs sujet de mécontentement.
Enfin, des lettres d'Alger, en date du 30 Avril,
annoncent que dans une audience accordée au consul général et chargé d'affaires de France, le Dey, perdant tout respect
pour le caractère de cet agent et pour la puissance qu'il représentait, s'est oublié au point de l'insulter gravement.
Cette violation du droit des gens, ne devant pas rester impunie, une division navale doit être en ce moment partie de Toulon. »
- Dans son éditorial du 7 Juin, le Journal des débats,
consacre un page entière à cette affaire d'Alger, avec un rappel sur les divers incidents passés et présents :
« Les barbaresques d'Alger pillent nos navires depuis, plusieurs mois,
notre chargé d'affaires a été outragé.
Des mesures vigoureuses sont déjà prises, du moins, on nous l'annonce, tout cela est bien.
De notre côté, nous avons reçu l'envoyé du Dey, Sidi-Mahmoud, comme le duc de Northumberland,
pendant son séjour, il voyageait dans les voitures de la cour, nous avons frappé des médailles en son honneur,
il est retourné à Alger avec les meilleurs produits de nos manufactures.
Nous trouvons cela sérieux.
Mais le Dey redevient un pirate,
et, nous pensons, qu'il n'a jamais cessé de l'être, ou qu'il attendait tout simplement la première occasion. »
- Le 8 juin, une division composée du vaisseau La Provence, des frégates l'Aurore, et La Cybèle, de la corvette Le Volcan,
et, de la goélette La Torche, sous les ordres du Capitaine de vaisseau M. Collet, sont partis pour Alger.

Extraits de journaux de Juin 1827.
« Le 11 Juin au matin, la goélette La Torche, commandée par le capitaine de frégate Faure, étant arrivé à Alger,
a remis à M. Deval des instructions du Ministre des affaires étrangères, M. Deval s'est rendu aussitôt à son bord, sur son injonction,
les membres du consulat et les sujets français ont quitté Alger pour s'embarquer sur un brick français qui a rallié La Torche.
Le consul Deval s'étant réuni à M. le capitaine de vaisseau Collet,
qui commandait la division navale envoyée à Alger, convient avec lui des mesures à prendre pour obtenir réparation du Dey.
Une note fut rédigée, elle exigeait qu'une députation,
à la tête de laquelle se trouverait
l'Oukil-El-Hardj (ministre des affaires étrangères et de la marine de la régence), se rendit à bord
du commandant de l'expédition, et fit des excuses au consul-général sur la conduite du Dey à son égard, que le pavillon de France,
fût arboré sur les forts d'Alger et salué de cent coup de canon, faute de quoi les hostilités commenceraient.
Cette note fut présentée au Dey par le consul de Sardaigne.
Les satisfactions demandées n'ayant pas eu lieu dans les vingt-quatre heures, la négociation a été rompue.
La corvette Le Volcan est allée prendre à son bord,
les vice-consuls du Roi à Bône et au fort de La Calle, ainsi que les sujets français établis dans ces parages.
Le 12 Juin, les frégates La Vestale, la Constance, La Marie-Thérèse, et, La Bellone, partent pour Alger, rejoindre l'escadre.
Le 15 Juin, la division française était devant Alger,
les corsaires barbaresques resserrés dans la darse, ne peuvent causer aucun dommage au commerce.»
- La notification des hostilités fut annoncée au Dey Hussein, dont le premier ordre fut de détruire tous les établissements français.
- Le 24 Juin, El-Hadj Ahmed, Bey de Constantine, dans une lettre adressait au Dey,
confirmait la destruction totale de tous les établissements français du Constantinois.
- Le blocus d'Alger avait commencé.
- Mais en France, Charles X avait d'autres soucis, on parlait de dissolution de la chambre des pairs, de coup d'Etat.
Le 22 Juin, clôture express de la chambre et le lendemain, une ordonnance rétablissait la censure sur la presse et l'édition.
- Le 4 Octobre, engagement entre une escadre française et onze bâtiments barbaresques.
- L'escadre française était composée de
l'Amphitrite, armée de 60 canons, La Galatée, 40 canons, Le Faune, la Gigogne,
et la Champenoise.
- Les barbaresques une grande frégate de 38 canons, quatre corvettes de 18 canons et six bricks de 12 canons.
- L'engagement durera deux heures, puis les barbaresques se mettront sous la protection des canons de la marine,
ils entrèrent dans la darse à la tombée du jour.

Note :
Les historiens opposés au blocus, argumentaient que les principaux griefs dont se plaignait le Dey étaient :
- L'affaire du sieur Nathan Bacri et les 7 million payés en 1820, dont la régence et ses sujets n'ont encore rien touché.
- La relation difficile avec le consul Deval au sujet des Etats Romains.
- La reconstruction des fortifications au fort de la Calle.
- Absence de réponse aux lettres.
D’autres historiens parlent de complots ou d'affaire d'état.
Livre de 1829, Histoire de France pendant les années 1825 à 1828, de l'Abbé de Montgaillard, qui écrivait :
« Le 16 Juin, une division navale est devant Alger, c'est le blocus.
Le commerce de la ville de Marseille, souffrira de cet état de chose, des négociations seront entrepris pour dénouer le problème,
mais le Dey sera inflexible et exigera le payement des 7 millions déjà versé. »
Plus loin le narrateur précise :
« Sept million ont été verse en 1820, sous la présidence de M. le Duc de Richelieu.
Certaines rumeurs prétendent que cette affaire Bacri,
est une spéculation dans laquelle de hauts-fonctionnaires auraient touchés des sommes considérables pour avoir décidé le paiement
de cette créance, non fondée en titre, pour un montant de 7.000.000 francs, dont 2.500.000 sont consignés à la caisse de dépôts
et consignations, pour provisions sur créances douteuses des deux négociants Bacri et Busnach. »
Il termine par cette phase :
« L'affaire Bacri aura de graves conséquences, elle causera un grand scandale. »
Aujourd'hui, presque 190 ans après la prise d’Alger, la polémique continue.
Chemin sur les hauteurs d'Alger.

1828.
- Le blocus était en place, avec à partir du mois de Septembre et jusqu'au mois de Février, des périodes de gros temps,
où les navires français étaient obligés de s'éloigner des côtes, et surtout étaient tributaires des caprices du vent.
- La presse rendait compte des petits incidents, ou des potins, relatifs au blocus d'Alger.
- Le 28 Mars, un journal indique que le Dey réclame simplement le versement de 1.500.000 francs,
pour sa part dans l'affaire Bacri, et que le ministre des affaires étrangères semble d'accord sur ce montant.
- Diplomatie.
- Débur Avril, le consulat d'Angleterre, avait assuré au capitaine Collet,
que le Dey ne serait pas opposé à l'idée d'un rapprochement, M. Collet en avait immédiatement informé le Gouvernement,
il suggérait d'entrer en matière en prenant pour prétexte l'échange des prisonniers.
- Le commandant de notre division fut donc autorisé à entamer des pourparlers,
mais le Roi avait vivement ressenti l'offense faite à son chargé d'affaires, il consentirait à se relâcher sur la rigueur des excuses,
mais, une réparation était indispensable.
- La mission à remplir était délicate. M. Collet la confia au lieutenant de vaisseau Bézard.
Le Dey reçut notre envoyé le 29 avril, en présence de ses ministres, il accepta sans difficulté l'échange des prisonniers,
puis, il passa aux récriminations, et commença à énumérer ses griefs contre M. Deval.
Après de nouvelles récriminations contre notre agent, Hussein dit en terminant :
« Je suis prêt à faire ce que la France voudra, la paix si elle le veut ou la guerre si elle le préfère.
Pour laquelle des deux Puissances la guerre est-elle la plus onéreuse ? »
M. Bézard répliqua que toutes les fois qu'il s'agissait de l'honneur et des droits de la France, l'argent était compté pour rien.
- Le lieutenant Bézard sortit de cette audience,
avec l'impression que le Dey, convaincu de son bon droit, n'accorderait jamais aucune réparation.
- L'amiral Collet, épuisé par les fatigues d'une campagne pénible,
mourut peu de temps après, il a été remplacé au mois de juin, par le comte de la Bretonniére.
- Le 23 Juin, le lieutenant de vaisseau Bézard retourna à Alger pour tenter une dernière négociation, mais, elle échoua.
- Le Roi, dans un conseil tenu le 13 juillet 1828, avait décidé qu'une commission mixte,
composée d'officiers de terre et de mer, serait nommée pour étudier les questions relatives à une expédition contre Alger.
- Le 2 Octobre, l'escadre détruit devant le fort de Torrette-Chica,
quatre barbaresques qui s'étaient refugié sous les canons de ce fort, qui a été fortement endommagé.
les pertes françaises s'élèvent à 8 morts et 14 blessés, suite à l'explosion d'un canon de 36 sur le vaisseau La Provence.
- Le 10 Octobre 1828, la commission mixte rédigea un rapport,
dans lequel elle suggérait l'embarquement à Toulon, pendant la première quinzaine d'avril, d'un corps de 32.000 hommes,
qui serait débarqué à Sidi-Ferruch, puis de là, marcherait sur le Château de l'Empereur.
- Le 15 Octobre, le commandant de la division M. de la Bretonnierre, informe le ministère de la Marine, que le 3 Octobre,
le brick l'Alerte, a repris aux barbaresques, le brick l'Espérance, du port de Saint-Sevran, le navire barbaresque a été détruit.
- Au mois de novembre, le Roi ordonna de prendre les mesures préparatoires,
pour que l'expédition pût avoir lieu au printemps de 1829, le ministre de la Guerre se mit immédiatement à l'œuvre.
- 26 Décembre,
dans un journal, on parle de l'armée de débarquement, répondant à une lettre de son homologue anglais, sur les intentions
de la France sur la Régence d'Alger, le Ministre répond que la France n'a pas de compte à rendre au cabinet anglais.
La Porte de la Marine.

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